PROBLEMES ACTUELS
"Pourquoi continuer à faire un mariage hmong traditionnel?"
Les dilemmes du mariage hmong:
De l'expérience à la prise de conscience de multiple Choix  pour célébrer l'amour et  réinventer les traditions hmong

Kao-Ly Yang
                                                                                   
English Version
                                                                                    Sau ua lus hmoob
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Cette histoire est fictive. Elle provient de mes multiples discussions avec de jeunes femmes et hommes hmong vivant en France, au Laos ou aux Etats-Unis. Anne est un personnage, somme de toutes les histoires de gens que j'ai rencontrés. En l'inventant, j'ai en fait voulu poser la problématique des jeunes Hmong vivant dans une double culture, essayant de trouver l'amour de leur vie et en même combler les voeux de bonheur de leurs parents.

Ecrire sur le sujet du mariage chez les Hmong n'est pas chose facile car c'est un sujet complexe et douloureux; les changements socioculturels affectent l'objectivité des gens et leurs sentiments les plus profonds ainsi que la redéfinition de leur identité. Comme la communauté est entrain de rénover ses traditions dans un nouveau pays, ses enfants pourraient bien expérimenter de nombreux problèmes tel que choisir une voie juste pour trouver un(e) conjoint(e) et célébrer formellement l'union. Ces changements génèrent des difficultés de communication, des conflits d'acceptation ou de rejet entre parents et enfants. Dans cet essai, je ne vais pas parler de façon générale sur ce sujet du mariage : je voudrais vous raconter une histoire que j'ai inventée. J'espère que vous, après la lecture, deviendrez plus sensibles à la difficulté de se marier chez les Hmong. J'espère aussi que vous aurez une plus grande tolérance envers les gens qui veulent se marier à leur façon.

Partie I : la famille
Anne PajYeeb est née au Laos en 1975, l'année où les Hmong partaient en exile pour la Thaïlande et ensuite pour les Etats-Unis. Les parents d'Anne sont originaires de XiengKhouang, une province du Laos, frontalière avec le Vietnam. Ils appartiennent au groupe de Hmong Blanc. La mère d'Anne s'est mariée lorsqu?elle a 13 ans en 1970. En ce temps, le père d'Anne a tout juste 17 ans. Ce dernier et son épouse n'ont pas fait d'études. (Et c'est le cas de la plupart des Hmong vivant au Laos). Pour les parents d?Anne, la vie pourrait bien être résumée en 3 mots : avoir assez à manger, avoir des fils de telle sorte que quand ils seront vieux, ils auront au moins un fils pour prendre soin d'eux et offrir une meilleure éducation à leurs enfants pour une meilleure vie en Occident. Dans cette famille, la mère a donné vie à 11 enfants entre 1971 et 1990; il y a 8 filles et 3 sons ; 4 filles sont nées au Laos, un fils en Thailande et 4 filles et 2 fils aux USA.
La famille d'Anne est venue aux Etats-Unis après un long séjour de 2 ans dans les camps de réfugiés en Thaïlande. Quand la famille est arrivée à San Diego, c'était 1981. Anne avait 6 ans. La vie lui semble grande ouverte.

Enfant, Anne était une fille très perspicace avec une grande curiosité ; mais elle n'était pas physiquement jolie selon les critères de beauté des Hmong. Elle n'avait pas d'une peau laiteuse, des yeux noirs, un visage d'un parfait ovale, de longs cheveux, d'une taille ni trop grande ni trop petite et d'une voix tendre. Cependant dans sa famille, elle fut la première à aller à l'université à Fresno en Californie.
Tout juste après leur arrivée en Amérique, ses 2 soeurs aînées se sont mariées ; elles étaient très jeunes, l'une avait 14 ans et l'autre 16. Anne, cependant, n'a pas suivi leur parcours car elle aime étudier au lieu de fréquenter les garçons; elle a eu une très bonne enseignante lorsqu'elle était en seconde: cette dernière l'a aidé à développer sa confiance, son autonomie et ses capacités intellectuelles.

Comme une fille ayant grandi dans une famille hmong traditionnelle, Anne PajYeeb sait cuisiner, prendre soin de ses jeunes frères et soeurs; son parler hmong n'est pas vraiment parfait. Cependant, elle n'est pas timide d'en faire usage de sa langue maternelle, ce comportement rend sa vie plus facile avec sa communauté. Son père étant un médiateur- autrement dit en hmong, un Mékong pour les négociations traditionnelles du mariage- a voulu que ses enfants respectent les normes, les coutumes et les traditions de leurs ancêtres. Le lignage de son père continue à pratiquer les rituels et cérémonies traditionnels même si nombre de ses cousins et connaissances se sont converti au christianisme.

Grandissant dans un tel environnement, Anne a acquis une double culture, celle des Hmong et celle de la société dominante où elle est immergée tous les jours à l'école.

Après que ses soeurs  se soient mariées, elle est devenue le bras droit de sa mère pour effectuer les tâches domestiques. Elle doit accomplir toutes ses tâches avant de pouvoir faire ses devoirs d'école. Sa mère, inquiète du futur d'Anne de ne pas trouver un 'bon' mari, a l'habitude de lui répéter ?depuis ses 14 ans?d?être "gentille" avec les garçons. Quand elle commence à se révolter, sa mère décide alors d'arrêter de l'encourager à trouver un parti. La mère a réalisé que sa fille pourrait être meilleure si elle réussissait à l'école. Même si la famille est devenue plus acculturée, c'est à dire à accepter qu'une fille puisse faire de longues études, les parents avec leur lignage restent encore très conservateurs. Pendant longtemps, il y a eu conflits et difficulté de communication entre mère et fille. Par exemple, cette dernière n'a pas pu aller à l'université de Californie à Berkeley même si elle a obtenu une bourse d'étude ; elle a dû rester à Fresno pour continuer ses études à l'université d?Etat de Californie à Fresno  car ses parents, inquiétés de voir une fille seule loin de la famille, ont exigé à ce qu'elle reste dans la même ville. Cet éloignement signifie pour eux des dangers potentiels d'exposition au gang, à des hommes qui pourraient abuser d'elle et à des mariages interethniques qui l'écarteraient totalement de la communauté hmong. Malgré ces problèmes inter-générationnels, lorsque Anne atteint ses 25 ans en 2000, elle finit sa maîtrise et devient conseillère d?orientation.

Partie II : l'expérience influence les choix de la vie
Depuis son enfance à sa majorité, Anne est tombée amoureuse 2 fois. La première fois, cela a été avec un jeune Hmong ; elle avait 15 ans, et lui, 16. Cependant sa soeur aînée l'a conseillée de ne pas se marier avec lui tout de suite car sans diplôme elle aurait une vie bien difficile plus tard. Et elle a suivi ses conseils car son beau-frère battait souvent sa soeur à cause des problèmes financiers. Cette concrète connaissance de la mauvaise vie maritale et aussi sa colère contre son beau-frère l'ont aidé à surmonter ce premier platonique amour. Et longtemps après, plus âgée et plus expérimentée, elle reconnaîtra qu?une expérience de coeur brisé est une très riche expérience pour mieux se connaître et choisir la bonne personne pour le reste de sa vie. Elle apprendra que l'amour est faite de vulnérabilité et de créativité: tout couple heureux doit inventer l'amour tous les jours. Et elle pensera que tous devraient avoir une expérience de coeur brisé ; ainsi ils sauront mieux aimer tout en respecter les rêves de l'un et l'autre, et en particulier les besoins personnels de chacun.

Son deuxième amour a été avec un jeune américain d'origine mexicaine. Comme une jeune fille de 17 ans, elle n'a pas osé parler de son nouveau copain à ses parents : Celui-ci est son aîné de 4 ans. Il est extraordinairement ouvert et intellectuel. Elle a cependant bien caché cette relation amoureuse à sa famille car c'est une chose qu?une famille aussi bien la communauté hmong ne pourra pas bien accepter. Elle est effrayée d'être jugée et rejetée par sa propre communauté. Anne l'a rencontré à l'université, et le trouve attractif et amusant. Son ami n'a essayé pas de la contrôler où qu'elle aille ;ou de lui faire du chantage effectif en voulant la kidnapper comme son premier copain. Anne s'est réjouie simplement de l'aimer comme une femme aime un homme. Cette expérience d'amour reste merveilleuse car elle a appris beaucoup de choses sur la vie ordinaire à deux, et une autre façon de vivre qui est loin de celle des Hmong. Elle a appris à associer l'amour ?non pas à faire des enfants seulement- mais à faire des projets d'avenir et à prendre soin d'elle-même comme une personne avec de possibilités et une chance de vie différence avec un métier. Son ami a voulu devenir docteur. Cela a conduit Anne à découvrir avec lui de nouveaux champs de connaissance et de prise de conscience de nouveaux enjeux plus centrés sur le développement professionnel. Plus tard, elle saurait que sans lui, elle ne serait pas consciente de choses qui rendront par la suite sa vie riche et paisible.

Mais en ce temps-là, c'était difficile pour elle de concevoir cette problématique d'une façon plus positive et plus multidimensionnelle : par exemple, vivre seul comme son ami loin de la maison pour étudier, chercher des subventions pour payer les frais de scolarité dans des universités prestigieuses, faire des choses pour soi-même. Ce deuxième garçon lui a donné quelque chose qu'elle ne réalise que plus tard l'importance car il lui a fait comprendre qu?elle a le pouvoir de rendre sa vie meilleure en devenant plus consciencieuse de ses besoins, de ses capacités intellectuelles, de ses multiples choix de carrière et de vie. Ils se sont fréquentés durant 2 années jusqu'à la fin des 4 années d'université de son petit ami. Celui-ci ayant obtenu une école de médecine à Chicago, a décidé de partir. C'est un choix très difficile pour tous les deux. Anne l'aime, et n'a du tout envie de le voir partir. Dans cette nouvelle expérience de séparation, elle sent soudainement plus proche de sa mère et de toutes les femmes hmong : elle expérimente pour la première fois de sa vie la perte de l'amour, la nécessité de recommencer encore et encore de nouvelles relations. Toutefois, elle a compris que cet homme doit suivre son propre parcours professionnel, et elle doit faire de même. A 19 ans, Anne se révèle être plus mature, et comprend que toute relation d'amour implique risque de séparation et de réunion. Elle devine bien que cette distance qui va les séparer aura raison de leur amour. Elle sait en son coeur qu'aimer un tel homme signifie qu'elle doit accepter de lui donner sa liberté. Et l'amour comme un don doit s'accompagner du pouvoir de choix de grandir professionnellement. Après avoir bien pleuré et discuté, tous deux décident finalement de se quitter mais tout en laissant une porte ouverte à toute retrouvaille. Anne, encore habitée par les peurs de trahison de toute femme, sait bien que tout espoir est vain. Elle accepte la situation quoiqu'il soit.

Durant les premiers mois de séparation, elle réalise que ce garçon ne l'appelle pas souvent, et semble très occupé. Une fois, elle l'a appelé, et une femme a répondu. Dans les semaines qui suivent, elle découvre qu?il a une nouvelle amie. Entre deux comportements, soit pleurer et déprimer soit célébrer cette découverte comme un cadeau, il est très difficile pour elle d'accepter après tant de bonheur ensemble. Elle se retient de se comporter avec une extrême ; elle préfère donc l'ignorer. Elle reste ainsi célibataire jusqu'à la fin de sa maîtrise.

Maintenant qu'Anne PajYeeb a connu l'amertume, la peine, l'impossible, elle commence à voir la vie avec une légère différence : "où que vous soyez assis, vous ne voyez la vie qu?un seul point de vue". Peut-être, elle a besoin de s'asseoir à différentes places pour qu?elle puisse comprendre plus les gens, et apprendre à contrôler sa peine. Elle a compris que ce qu'elle appelait faiblesse, l'amour inégalable fait de pardon de sa mère pour son père ou celui de sa grande soeur à son violent mari, est en fait courage. Tous les deux ont essayé de vivre debout avec dignité, et de tenir leurs enfants réunis malgré les problèmes. Et ce qu'elle appelait courage, son choix de vivre la vie qu'elle veut, d'avoir un métier, est aussi courage. La vie apparaît soudainement à Anne avec une multitude de choix. Elle pense : "Vivre aux USA au lieu du Laos est une chance pour les filles hmong".

Ces années de bonheur avec son ami mexicain, suivies des 5 années suivantes où elle s'est dévouée à son développement professionnel dans une totale solitude --car elle a vécu seule durant les dernières de sa maîtrise--, ont augmenté sa compréhension de la nature humaine : personne ne peut vivre seul, et tous ont besoin de fonder une famille pour vivre. Alors elle décide qu'un compagnonnage (ce qui est différent du mariage) est vraiment une part de l'être humain. Elle fait la différence entre avoir un partenaire et un mari car elle est consciente du mariage comme le produit d'une culture donnée. Ses 2 expériences d?amour avec des jeunes hommes et son observation très pointue du coeur humain en plus de sa connaissance des problèmes maritaux de sa mère et de ses soeurs la préparent à saisir le composant culturel des comportements humains. Elle s'est souvent posé la question des différences en culture : "Pourquoi les Occidentaux peuvent-ils vivre en concubinage sans générer drames et conflits des deux côtés des familles ?" "Pourquoi les Chinois vivant dans les zones urbaines se marient-ils sans cérémonie ?" "Pourquoi dans certaines cultures, y a-t-il pratique de polygynie (un homme peut marier plusieurs épouses, ce qui dans d'autres cultures, reste hors norme ? c'est le cas de la culture hmong) ou pratique de polyandrie (une femme peut marier plusieurs hommes comme au Tibet où les coutumes traditionnelles veulent qu'une femme épouse les frères d'une même famille de telle sorte que la terre ne soit pas divisée) ? Et Pourquoi dans d'autres cultures, y a-t-il pratique de monogamie (une femme marie un seul homme ou vice versa) ? L'amour est-il une affaire plus culturelle et économique que de désir individuel ?"


Partie III (final) : les dilemmes
Anne rencontre un jeune Hmong le jour de  la remise de diplome de sa maîtrise. Tous deux ont 25 ans. Il n'a pas fait de longues éducations. Il est gentil, et plein de compassion. Il a une grande famille, et se révèle être le premier fils, ce qui placera Anne comme la première belle-fille avec beaucoup de devoirs filiaux. Est-il beau? Oui, il est. Il n'est pas très sociable. Il a appelé Anne plusieurs fois, et finalement a réussi à la convaincre de sortir avec lui. Anne, d'un autre côté, se sent un peu vieille maintenant ? et sa mère ne cesse pas de lui rappeler: il est temps pour elle de se marier car avec l'âge, elle pourra bien ne pas trouver un parti intéressant. Cette constante inquiétude de la part de la mère  finit par faire penser à Anne que ce type pourrait être un bon parti pour elle. Et sa mère lui répète que l'amour grandira avec le temps.

Son nouveau petit ami lui offre fleurs et bonbons, et vient lui rendre visite à la maison en présence des parents et de tous les autres membres de la famille. Avec distance, il lui est apparu un peu étrange de parler de sentiments devant tout le monde. Mais comme un proverbe hmong dit, "si tu veux manger des champignons, tu dois suivre les branches; quand tu choisis une épouse, tu dois choisir aussi sa famille". Ainsi, ce nouvel ami utilise les approches traditionnelles pour la séduire. Ses intentions sont claires: il cherche à  se marier.  Selon le point de vue hmong, en venant ainsi à la maison pour la courtiser, il la traite avec respect. Pour lui, la bonne éducation d'Anne garantit son attraction et son amour. Il ne se préoccupe pas des compatibilités intellectuelles, morales ou psychologiques. La chose est simple : il attend d?elle d'une nombreuse progéniture, surtout des fils qu'il compte bien qu'elle les éduque pour qu'ils réussissent à la vie.  Et ainsi, il y aura de nouveaux membres masculins avec plus de talents et de capacités à diriger dans le lignage. Avec son diplôme et un bon salaire, il espère qu'elle aide à réaliser son rêve qui est d?acheter une maison pour ses parents. Le choix d'Anne est à vrai dire celui de la famille. Il ne s'est pas plus posé de questions.


Pour Anne PajYeeb, les raisons de se marier sont totalement différentes. Ce n'est ni son premier amour ni son grand amour : elle ne sent pas une grande attirance pour ce troisième garçon. Elle a pensé au mariage car elle s'est sentie le besoin de construire une famille, et de trouver quelqu'un à qui se confier, à partager des idées, des sentiments réciproques, des plaisirs et des rêves communs. En connaissant plus ce jeune homme, elle réalise qu'il n'est pas vraiment son type : il n'est pas brillant, non plus intellectuellement et émotionnellement mature ; de plus, il semble n'avoir pas de talents pour communiquer ou pour se socialiser. Cependant, elle sait avec une certaine certitude qu'il est un homme avec un bon coeur. Toutefois, "Un bon coeur suffit-il pour fonder une famille heureuse?" Se demande t-elle. "Serait-il capable de participer aux besognes quotidiennes, c'est-à-dire de parvenir à remplir les rôles hmong traditionnellement jusque là réservés aux femmes? "Comment faire pour m'intégrer à sa famille étant donné que je suis très acculturée à la culture occidentale ?" "Ma mère s'est marié avec mon père au Laos car elle a besoin d'un homme pour couper le bois, pour survivre dans un environnement où sans force physique, il n'est pas possible de vivre". "Qu'est-ce que c?est le but de se marier si je peux faire toutes les choses par moi-même?" "Si je peux prendre soin de moi-même, pourquoi devrais-je me marier?"

Une femme ayant traditionnellement grandi au Laos ne se poserait pas de telles questions. Anne a été trop acculturée, et son expérience de la vie lui a ouvert les yeux à un monde où l'amour vient en premier et les besoins individuels aussi. En fait, elle est dans une autre logique que celle de la survie qui continue encore de dominer les comportements de beaucoup de ses gens venues des montagnes du Laos où ils vivent dans la pauvreté,  la misère et les guerres perpétuelles. Un nombre important d'entre eux continue de donner priorité à la reproduction du groupe (avoir des enfants pour maintenir le groupe dans un nouveau pays), à satisfaire les besoins de base tels la nourriture, le minimum confort (maison, habits), le besoin sexuel). Pour Anne, son attente de la vie est différente : consciente des ces besoins, elle veut cependant une vie moderne avec une carrière, une bonne éducation, un choix de vie avec le temps de savourer bien des aspects de l?existence : voyager, lire, faire des amis, se détendre, etc. Même si elles n'ont que des filles, elle ne veut pas avoir plus de 2 enfants. Elle veut se dévouer à améliorer non seulement sa vie, mais celles de sa famille, et peut-être plus large, celles de sa  communauté. Elle veut s'impliquer plus dans le développement de la société d'accueil et d'apprendre à connaître d'autres cultures.

En analysant sa situation de jeune femme hmong, son  premier dilemme se révèle être un ?mari approprié?: ce sera fou de se marier avec un homme qui a des besoins différents des siens et des décalages en éducation, des visions divergentes et une compréhension opposée sur les buts de la vie en couple. Cependant à son âge, elle s'inquiète de savoir comment trouver un homme de son groupe ethnique pour compagnon, et un beau-fils pour plaire à sa famille aussi (La majorité des familles hmong attend de leurs enfants un mariage avec un membre de leur groupe). Sa décision de se marier à l'intérieur de son groupe provient d'une personnelle prise de conscience en quoi elle croit qu'elle ne pourrait pas vivre totalement avec un étranger). Pour une jeune femme hmong de 25 ans, désireuse de marier un homme hmong, elle aura des difficultés de trouver un parti qui sera encore célibataire. Elle ne veut pas se marier avec un veuf ou un divorcé ; il serait vu comme une perte de prestige pour une fille comme elle avec une bonne éducation. A 25 ans, la plupart des hommes mariables sont déjà mariés. Ceux qui ne le sont pas ? sa mère lui dit que dans la culture hmong ? sont seulement des personnes handicapées ou des hommes à problème.

Son deuxième dilemme est le choix d'une bonne formule pour célébrer l'union du mariage. Dans les traditions hmong, quand une fille se marie, il y a en premier un mariage traditionnel où les deux partis engagent une négociation dans laquelle le fiancé doit payer un prix d?acquisition de son épouse pour la famille de cette dernière. En Amérique, ce prix de la fiancée est une somme importante, de 6000 euros (ou 36000 francs) to 10000 euros (60000 francs)(prix aux USA en 2000), et cela, sans compter les dépenses en nourriture, en boisson et en d'autres détailles durant les négociations et le mariage lui-même. Quand un jeune et pauvre marié ne peut pas payer de telle somme, il doit reporter le mariage jusqu'à ce qu'il économise suffisamment d'argent. Mais, il arrive quelquefois que ce retard casse la relation car certaines filles ne voudront pas attendre trop longtemps. Elles ont peur de perdre du  temps et donc de nouvelles opportunités pour trouver un ?bon? mari quand elles sont encore fraîches et désirables. De telles problématiques font penser à Anne que le prix de la fiancée est inapproprié et sans signification en son temps : cette somme d'argent a vraisemblablement maintenant moins de sens social et symbolique, et plus de valeur matérielle pour les jeunes. Si ses parents décidaient de demander un prix d'épouse, et si son futur mari le payait, elle se sentirait vendue. Et elle ne voudrait pas être vendue à un mari comme une marchandise. Même si elle a compris que le prix de la fiancée est une garantie à son bonheur, elle se sentirait trahie et désespérée de ne pas avoir le pouvoir de s'exprimer, d'être reconnue l'équivalent de ses frères. Même si cette somme servait autrefois à éviter au mari d'abuser physiquement et émotionnellement l'épouse comme la battre ou la renvoyer si facilement chez ses parents quand il ne l'aimait plus, elle ne voit plus l'utilité de cette fonction de ce prix car elle a un métier et peut survivre à tout divorce. Sa mère essaie de la convaincre en lui expliquant que ce prix de fiancée est un signe de face aux parents : plus le prix de l'épouse est élevé, plus il fait croire aux gens que les parents lui ont donné une bonne éducation. Même si elle comprenait les fonctions sociales et symboliques de telles pratiques sociales -ceci constitue le rite de passage dans la culture hmong, concept qu'elle a appris à l'école-, elle n'est pas rassurée de l'usage approprié d'une telle pratique dans une communauté hmong maintenant installée aux USA. Elle appartient à la première génération qui a grandi dans un nouveau pays, et son autonomie financière et sa bonne éducation lui disent qu?il y a d'autres manières de se marier.

De nos jours, il y a différents types de mariage : certaines personnes continuent à faire le mariage hmong traditionnel et à payer un prix exorbitant pour l'épouse ; certaines préfèrent certes un mariage hmong mais avec en plus un banquet comme à l'occidental avec la robe blanche ; certaines ne font que le banquet, ce qui est fréquent pour les jeunes hmong marié(e) avec un non-Hmong ; certaines n'accomplissent seulement qu'un mariage à la mairie avec un simple apéritif (cette pratique est mal considérée par la communauté) et certaines vivent en concubinage (cette pratique est sujette à sanction).

Au-delà de sa compréhension de la fonction du mariage dans la préservation de la culture et de l'identité hmong, Anne vit un profond conflit d'intégrité : elle se voit plus comme une personne à part, un individu avec le pouvoir de choisir sa vie, et cela comprend la façon de se marier, que comme une personne vivant dans une interdépendance d'intérêt avec la communauté hmong et en absolue dépendance des normes collectives. Au niveau personnel, en suivant son choix, elle blessera ses parents, tout particulièrement sa mère ; elle est consciente de créer des conflits avec ses parents et cela peut durer des années. Cependant comment peut-elle faire ? Comment réconcilier ces 2 différents mondes, ces 2 différentes visions de la vie ? Pour elle, elle voudrait faire un simple mariage à la mairie sans les négociations hmong si laborieuses et difficiles où son futur doit payer un prix ou un aussi cher banquet dans un endroit à la mode avec plus de  200 invités. Pour elle, l'amour est en soi une célébration de 2 personnes voulant vivre ensemble. Que peut-elle faire? Comment devrait-elle faire? Est-ce que son choix de se marier est adapté aux inspirations de son temps, à celle de sa famille très traditionnelle et conservatrice, à son  futur mari immature, à sa communauté pas du tout indulgente et qui a peur des changements? Ce dilemme entre son propre désir de se marier selon son coeur, et les normes et les attentes de sa communauté d?une fille hmong de bonne famille et bonne éducation, la conduit à hésiter et à se questionner sur le déterminisme culturel sur le bonheur humain, sur les intérêts individuels face aux intérêts du groupe, entre l'amour et les devoirs familiaux et sociaux, entre le courage de vivre la vie qu'elle veut et le courage de satisfaire les attentes de sa famille et de sa communauté et des normes culturelles.

Conclusion
Comme narratrice de l'histoire d'Anne
PajYeeb, je ne peux pas donner une fin (quelle soit heureuse ou malheureuse) à son histoire car je pense qu'il n'y a pas d'unique réponse. J'aimerai connaître votre personnelle pensée. En tant que lecteurs, vous avez certainement trouvé des réponses à vos situations personnelles. Anne sait pertinemment que sa famille et la société où elle vit, étudie, contribue ne peuvent pas accepter ses choix hors norme, ni l'aider concrètement à choisir. Il n'y a pas de réponse culturelle satisfaite. Anne a ainsi besoin de vos conseils pour trouver sa voie.

J'aimerai que vous, lecteurs de cette histoire, me suggériez
1.) une fin qui rendra Anne heureuse
2.) une fin de l'histoire la plus adaptée
SVP, pouvez-vous me faire connaître votre réponse en m'envoyant un émail à cette adresse
hmongcontenporaryisues

En écrivant cette histoire, j'espère de tout coeur qu'elle contribuera à une meilleure prise de conscience de cette problématique du mariage chez la nouvelle génération grandie dans un nouveau pays riche d'opportunités. J'espère aussi qu'elle gagnera votre coeur et compassion et une plus grande tolérance aux choix des personnes qui veulent suivre leur conviction plus que les normes culturelles qui sont peut-être plus destinées à certains qu'à d'autres.



                                    
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