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TOPICS OF 2006
January

Tsab rau Tsab Mim Xyooj, Hmoob tus Kws Hu Nkauj tus muaj npe tshaj
Lettre ouverte à Chamee Xiong, la plus célèbre chanteuse hmong
The Open Letter to Chamee Xiong, the Most Famous Female Hmong Singer

February
Kuv tus Phauj Nyob Asmeslivkas Teb thiab "cov nkauj laug"
Ma Tante d'Amérique et les "vieilles filles"
My Aunt from America Handling the "Old girls" from France

Ib tug ntxhais kev hlub rau nws leej niam
Les soins d'une fille à sa mère
A Daughter's Care for her Mother

March
Qav Xav Loj li Twm
La Grenouille qui désire devenir aussi grosse qu'un boeuf
The Frog who aspired to become as big as the Ox

Cov lus, cov duab thiab cob siab tuaj koom lub rooj sab laj poj niam hmoob
Paroles, photos et sentiments à propos de la conférence sur les femmes hmong
Words, pictures and feelings at the Hmong Women Conférence, Minnesota 2005

May
Taaj kev zais siab tsis pab nws tus kheej rov ua neej
Les mensonges de Taah à propos de son divorce ne l'aident pas à trouver son intégrité
Taah's Lies about her Divorce Kept her far from her Integrity

Guest Writer: Lindy Lee-Her
Hmoob Nkes: Thaum txij neej rov nyiam txiv neej,poj niam rov nyiam poj niam
Gay et lesbians Hmong en Amérique
Hmong Gay and Lesbians

Phauj Xis raug muag ua niam peb
Ma tante Sy a été vendue comme troisième épouse
Aunt See had been sold as a third wife

June
Guest Writer: Lig Vaaj
Xub Thoj  Lub Neej Ua Yeeb Yam Kiab    
Un morceau de l'histoire du développement du cinéma hmong: Su Thao, un artiste producteur
A Piece of the Making of Hmong Films: Su Thao, An Artist Producer

Tsheej Kim, Tus neeg hu xov Tooj tsis tseg
L'homme-Chencki
The Chencki-man, the night caller

July
Tus txiv neej uas hais lus rau cov tsawb. Kev siab lwj tos poj niam tuaj Asmeslivkas teb
L'homme qui parlait aux bananiers, attendant désespérément sa jeune épouse du Laos
The Man Who Talked to the Banana Trees, Desperately Waited For his Young Wife from Laos

August
Raug dab thawj thiab los sis siab phem xwb? Thaum ib tug txiv neej vwm tuaj
Possédé par un démon de chagrin ou simple méchanceté? Quand un homme hmong devient fou
Possessed by a Lost Spirit of Grief or Simple Wickedness? When a Hmong Man becomes crazy

September
Guest Writer: Npoos Xyooj (Bong Xiong), Young
Kab Tshoob Kev Kos: Piav Txog Tshoob Coj  
Le mariage traditionnel: le cas du mariage par fuite
Traditional Wedding: the case of marriage by elopement
Master of Hmong Wedding

November
Guest Writer: Kou Xiong

Hmoob Keb Ua Neej: Kub Xyooj Tsev Neeg Kev Nrhiav ib Lub Teb Chaw uas Muaj Kev Yeej Pheej
Les Expériences des Hmong Américains: La recherche d'une terre de choix par la famille de Kou Xiong
Hmong American Experiences:  Kou Xiong's Family Search For a Land of Choices

December
Niam Nkauj Kab Yeeb thiab Kev ntseeg haum Hmoob Txuj Ci
La rencontre avec la déesse miséricorde Guanying. Un cas d'étude du syncrétisme dans les croyances hmong
The Meeting with Guayin, the Goddess of Mercy. A Case Study of Syncretism in the Hmong System of Beliefs
NOUVELLE
L'homme qui parle aux bananiers
Attendant désespérément sa jeune épouse du Laos

Kao-Ly Yang

                                                             In English
                                                             
Sau ua lus Hmoob

Cette histoire n'est pas ordinaire. Elle parle de la vie d'un homme qui souhaite sans cesse trouver un amour sincère et durable. Languissant et tranquillement désespéré, TongCheung attend quelque chose de spécial qui va se produire dans sa vie.

- A mon age, pense t-il tristement - il a maintenant 51 ans- je ne suis plus jeune. Mais je voudrai bien me remarier avec une jeune femme dont la tendre vie enchantera mes derniers jours. C'est son voeu le plus cher qu'il partage tous les jours avec les bananiers de sa ferme.

- Je n'ai jamais compris les femmes, pense t-il. J'ai travaillé dur pour elles pendant toutes ces années depuis notre arrivée aux Etats-Unis. Je leur ai donné tout l'argent que j'ai gagné; je les ai aimées de mon coeur. Mais pourquoi m'ont-elles quitté pour d'autres hommes? J'ai tout fait pour leur plaire." Il y pense très souvent; cependant il sent bien que c'est de sa faute qu'elles sont parties. Il y a quelque chose qui lui a échappé: il n'a jamais su comprendre et saisir les attentes de ses ex-femmes. Maintenant, il s'inquiète un peu, s'il se remarie, de ne pas pouvoir et savoir satisfaire la nouvelle conquete. Toutefois, il a besoin d'une femme; il se sent extrement seul dans sa maison roulante sur le sommet d'une colline au coeur du pays du pessimisme.

Marié deux fois, il a par conséquent divorcé deux fois; il n'est pas homme ordinaire parmi des gens de sa génération de réfugiés d'Asie Sud Sud-est des années 1970. Après que ses femmes l'aient abandonné en prenant avec elles tous les enfants, il a voulu se donner la mort, mais convaincu par ses frères et soeurs que mourir n'est pas la bonne solution, il a décidé alors d'investir tout son argent dans une ferme en Caroline du Nord en Amérique du Nord.

- Bien, au moins, tous ces jours passés à pousser une manche dans une entreprise ont servi à quelque chose, se moque t-il de lui-meme dans ses jours heureux.

La monotonie d'une vie de fermier près de Morgantown n'a rien d'excitant. TongCheung cultive sa ferme avec détermination, en espérant pouvoir économiser suffisamment d'argent pour partir au Laos où il pourrait trouver une jeune épouse. Courbé à longeur de journées devant des pieds de tomates en cueillant une branche l'une après l'autre, les fruits de son espoir, il ne cesse pas de penser aux jours heureux prochains. Toutes les filles veulent venir aux EU, les gens le disent.

- J'ai droit à un peu de bonheur aussi, dit-il.

Ses frères et soeurs -- ils sont 10 enfants dans la famille, et il est l'ainé -- n'approuvrent pas une telle recherche d'une jeune épouse dans leur pays d'origine. Les ainés ont dit: "C'est une perte d'argent, des jeunes filles te mangeront comme du riz gluant. Oublie cette idée! Trouve-toi quelques femmes divorcées aux Etats-Unis. Ne gache pas ta vie ainsi. Tu n'as plus beaucoup d'années à vivre désormais. Les cadets cependant pensent tout bas: "Laisse le faire; à son age, rien ne pourra lui arriver. Il nous a élevés quand nos parents sont morts, il a le droit d'etre heureux aussi. Nous ne devrons pas le juger."

TongCheung, souriant, répond: - Oui, j'ai quelques années à perdre, et je voudrai les perdre sur qui je veux. Une jeune femme est tout ce que je veux. Elle pourra bien m'abandonner après une année de mariage, prendre toutes mes économies, me faire payer des charges d'éducation des enfants, je m'en fous. J'ai seulement besoin de quelques années de bonheur.

Un des frères lui dit encore: "Pourquoi ne te maries-tu pas avec une des divorcées ici aux EU? Elles sont nombreuses aux EU, n'est-ce pas?"

- J'en ai assez des femmes modernes, trop compliquées et incapables de penser aux besoins de leur mari, toujours entrain de courir après "je ne sais quoi", avec le premier venu. Les laides ne sont pas de mes gouts, les belles ont trop de bouches à nourrir, et les éduquées ne vont jamais m'accepter tel que je suis. J'ai besoin simplement d'une jeune femme qui est facile à éduquer pour etre une bonne épouse.

Le rassemblement de la famille à Fresno en Californie a été une simple pièce de théatre où chaque membre joue son role. TongCheung n'a riend dit de brutal ou de dure, mais son coeur a pris les conseils comme des insultes insupportables. Il murmure, alors que assis dans l'avion de retour à la maison: - C'est ma vie, c'est mon destin, personne ne peut rien pour moi. Je m'en fous de ce qu'ils peuvent penser ou dire." En effet, la discussion entre TongCheung et sa famille ne sert à rien; c'est la sourde oreille des deux cotés. L'homme pense que sa famille ne pourrait pas le comprendre alors que la famille, quant à elle, croit que c'est le caprice d'un vieux gateux ou d'un fou désespé.

Au mois de novembre 2004, TongCheung part pour l'Asie du Sud-est avec 15 milles dollars cachés dans ses chaussettes, son chapeau, son manteau, ses chemises, sa ceinture, ses chaussures, etc... .Il a demandé à un de ses cousins handicapés de prendre soin de la maison et de la ferme. Il a récolté tous les produits agricoles, à l'exception des cannes à sucre qu'il veut préserver pour sa future épouse, s'il en trouve une et s'il lui obtient un visa.

Après avoir dit adieu pendant une bonne heure à ses bananiers, il fait ses bagages et s'envole pour la terre promise.

Cette année-là, toutes les divorcées l'attendent avec déception durant le Nouvel An où les gens viennent "choisir" époux ou épouse. Ses amis l'ont cherché partout. Ses frères et soeurs, se sentant honteux de ce projet, n'ont chuchoté mot à ame qui vit de ce voyage. La famille se préserve la face ainsi.

Après deux mois d'absence, il revient à la maison, les mains vides. Les cannes à sucre ont grandi de 1 mètre 50, et les bananiers ont formé une foret délabrée ressemblant à un cafouillis jaunatre.

Les mois ont passé rapidement, sans signe de vie de sa part: on ne le voit plus hors de sa maison ou chez les voisins. Pas de potager. Quand les gens passent en voiture près de la ferme, ils ne voient que de mauvaises herbes partout. Ni tomate, ni courgette, ni légumes en vue. Les cannes à sucre chuchotent à l'appel du vent; les bananiers tanguent avec leurs feuilles géantes, diffusant l'odeur pourrie des fruits dans la ferme comme sur les routes  adjacentes. La terre est tellement sèche que les craquelures et fissures des champs, vues du ciel, semblent sourir d'un visage affligé rempli de peine et de souffrance.

Les fleurs embaument sauvagement la maison, grimpent sur les murs; mais il n'y a aucun bruit de ventilateur dans la maison. Poulets, canards et pigeons jouent librement et joyeusement dans la cour; la scène a quelque chose de misérable et de pathétique.

La famille inquiète mais toujours sur la défense n'a pas appélé TongCheung. De toute façon, il ne leur aurait pas répondu. Certaines de ses soeurs veulent aller en Caroline du Nord, mais leur mari s'oppose à ce voyage dit inutile: c'est la responsabilité des frères.

Durant tout l'été, la maison roulante se déteigne langoureusement, devenant une place abandonnée, la fin d'une route. Les voisins continuent à voir passer le facteur, mais c'est certainement pour les factures d'eau et d'électricité.

Finalement, Mia la plus jeune soeur et son petit ami vietnamien décident de prendre l'avion pour la Caroline du Nord, c'est déjà septembre.

Le cousin handicapé s'est évanoui avec le camion Toyota. L'entrée de la maison est fermée, mais pas à clé. Le salon est vide, il n'y a rien, pas meme une cuillère ou une assiette dans la cuisine.

Le couple reste debout ainsi dans la pièce remplie de poussière, tremblant et se demandant comment faire, se regardant l'un et l'autre, puis ils s'avancent en meme temps vers l'unique chambre à coucher. La porte est fermée à clé. Ils la cassent, mais il n'y a personne.  Ils y voient un lit, un magnétophone, des photos, des lettres, des cassettes et des sachets vides des pates thailandaises. Aucun signe de son frère. Mia secoue la tete avec des larmes.

-Allons dehors, il pourrait etre quelque part dans les champs, le petit ami la console.

Mais aucun signe de lui, ni près de la rivière, ni dans les parcelles de cannes à sucre ou de bananiers.

Ils vont voir les voisins, mais aucun ne l'a vu depuis des mois.

Mia, fatiguée mais ne veut pas abandonner la recherche.

Le petit ami fouille, bosquet après bosquet, les cannes à sucre pendant que Mia s'assied sur le perron de la maison, pensant à son frère. TongCheung est son père à la fois sa mère, quand ils ont perdu leurs parents, il y a 20 ans dans le camp de réfugiés Ban Vinai en Thailande. Elle avait à l'époque 3 ans, et son frère 17 ans.  Son frère est un homme bon, mais il ne sait pas parler aux femmes. Elle le sait, mais ne se sent jamais assez sure d'elle pour le lui dire. Alors elle ne lui a jamais dit. Meme après son divorce avec son ex-mari qui l'a très souvent battue, elle pense qu'elle aurait pu discuter avec lui de tout cela. Elle regrette maintenant amèrement de ne pas l'avoir fait. Cela aurait pu l'aider à surmonter sa difficulté de vivre.

Soudain, ses yeux captent le reflet d'or des feuilles de bananier dansant. Elle court vers eux, et enlève une à une, les feuilles, dans l'allée. Puis elle voit, pas loin, la forme d'un tronc. "Ancun tronc n'est tombé", pense -t-elle. Elle s'approche de cet objet et relève les feuilles jaunes qui le couvrent. Elle voit son frère coucher par terre, tenant des bananes près de sa poitrine.

Elle appelle son ami de toutes ses forces, qui à son tour appelle les secours avant de vérifier le pulse cardiaque de TongCheung. Finalement, après quelques secondes, il se tourne, souriant, vers Mia.

-"Il est vivant, ne pleure pas mon amour", dit-il tendrement.

Les deux amants s'installent au bord du lit, se jettent des regards effarés devant la pile de lettres et de cassettes en provenance du Laos. Mia en prend quelques unes.

"
Le visa est en cours .. et j'espère te revoir bientot. N'oublie pas de m'envoyer de l'argent. J'ai besoin d'habits", lit-elle dans une lettre.
'
Je suis enceinte, tu me manques; ancune nouvelle de l'ambassade des EU , ... envoie moi de l'argent parce que ma mère est malade", lit-elle dans une autre
"
Envoie moi encore de d'argent, je vais avoir ton enfant", ...
"
Envoie moi plus d'argent, le bébé doit manger", ...
"
Je vais me marier avec quelqu'un d'autre au Laos., Ne m'envoie plus d'argent. Maysy". C'est la dernière lettre datant de dix jours.

Mia regarde son ami, en colère et désolée. Ancun mot ne sort de sa bouche.

Le coeur de TongCheung ressemble étrangement à un bananier, dont le tronc bien tendre tente souvent les mères célibataires, les branches trop généreuses attirend les jeunes filles avides et frivole comme des mouches, mais dont le coeur trop étroit d'esprit et vulnérable est incapable de partager les peines et les peurs avec les siens.

TongCheung a failli mourir de chagrin, seul sous les pieds des bananiers ou dans la pénombre de sa chambre en lisant et écoutant le courrier de cette jeune fille avec qui il s'est mariée selon la tradition hmong, en payant un prix de fiancée de 10 milles dollars. Heureusement, les bananiers auxquels il aime tant parler l'ont sauvé.



                                         
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Cette histoire est fictive. Je l'ai inventée parce que je veux explorer le coeur des hommes hmong vivant dans un monde changeant..
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