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Hmong Contemporary Issues
Hmoob cov Xwm Txheej rau Tiam no
Les Problématiques contemporaines des Hmong

Poèmes du sentiment
par Kao-Ly Yang

Be a Boy

I wish to be a boy
To be your friend
I wish to be at your age
To be closer to you

I wish to have your smile
To be your shadow
I wish to be more
To look like you

But I am only what I am
A girl with bridled eyes
An old girl
Without a smile
Just a girl

However, I wish to be your friend
With my difference
With my esteem
With my generosity
Is it possible?



Etre un garçon

J'aurais voulu être un garçon
Pour être ton ami
J'aurais voulu avoir ton âge
Pour être plus proche de toi

J'aurais voulu avoir ton sourire
Pour être ton ombre
J'aurais voulu encore
Pour être encore

Mais je ne suis que ce que je suis
Une fille aux yeux bridés
Une fille âgée
Une fille sans sourire
Une fille encore

Et pourtant j'aurais voulu être ton amie
Avec ma différence
Avec mon estime
Avec ma générosité
Est-il possible?

Silence

Le bruit du silence
Qui peuple le fond de moi
Qui pleure dans mes transes
Lorsque je traverse la rue
Je recherche cette paix nue
Sans vraiment avoir la foi
Et, pourtant il bruit dans moi
Depuis nombre de fois
Nombre d'années.

Poème écrit le 6 juillet 1992

Ma mère

Giron de mon coeur
Enfant, lorsque le désespoir habite mes pleurs
Vient doucement me consoler
Et calmer mes anxiétés.

Ma mère
Gardienne de mes nuits
Adolescente, lorsque la détresse m'ennuit
Vient tendrement me protéger
Repoussant mes cauchemars rêvés

Ma mère
Grand chaman
Adulte, lorsque la mort frappe à ma porte
Vient rapidement me guérir
Banissant les esprits dépressifs

Poème écrit en 2004
Songe 

Songe, ma soeur,
Le monde est grand 
Songe a ton enfant 
Car tu vient d'être conçue
Songe, ma soeur 
Ce petit être viendra au monde
Tu auras la joie au ronde 
Car le bonheur t'est donné  
Songe, ma soeur,  
Ta maison est ouverte 
Tu vas souffrir 
Car l'amour est trop fort. 

Poème écrit dans les années 1990

Liberté enchantée

Je rêve d'une image
Où la neige est reine.
Des monts poudreux de coton et de flocons
Constellaient le paysage
Entouré de lacs d'eau d'argent.  
Les nomades, nobles du Royaume.
Je ferme les yeux,
Je sens,
J'y suis.
C'est là, la nature, la liberté.
Pas d'avions, pas de trajets, seulement en rêve,
Vivant, comme l'oiseau dans l'air.
Image, donne-moi encore le songe
Où j'épuiserai ma romance d'enfant lyrique.

Poème écrit dans les années 1990
La pluie fait suite

La pluie fait suite
Le jus glisse au-dedans
Puant de dégoût
Puant de désespoir
Traversant mon coeur
De colère et d'indifférence
Tu trouveras quelqu'un
Tu trouveras de l'aide
Crois aux hommes
C'est triste je pleure
Avec la pluie au-dehors
Je ne sens plus ces odeurs
Tu m'enfermes
Dans mon moi-même
Afin que mon coeur
S'oublie dans le travail
J'ai besoin de chaleur amicale.

Poème écrit le 19 octobre 1988

Des mots et des mots

Il n'y a que des mots
Pour me rappeler de ta présence
Les mots, comme tu le sais
Colorent seulement les feuilles
Que j'achète blanches
Les mots ont des ailes
Qui s'envolent perdues dans l'air
Ils partent puis reviennent
Mais t'éloignent de moi.

Poème écrit le 20 octobre 1989

Partir pour ne plus revenir

Nous sommes partis, ballots sur le dos
Effrayés de ce soleil devenu froid
Ce matin-là, le coq du village ne chante plus
Mon enfant à la main, le sac de riz à l'autre
Je marche, ne pouvant compter sur qui d'autre
Au nom de quels dieux ou quels diables ce tohu bohu
Agit sur mon monde sacrifié à pareil choix
Mon mari n'est pas là. 
Oh! femme, il n'y a que des mots! 
Partir, aller ailleurs, mais où?
J'ai peur, je tremble mais de quoi?
Mon enfant pleure, pauvre innocent! 
Tu as faim, tu as soif, je ne peux rien t'offrir.
Pourquoi t'ai-je mis au monde pour le pire
Mon amour, fruit de souffrance d'être maman
Pourquoi la terre n'a t-elle pas créé des lois
Pour empêcher ses créations de devenir des loups?
Les feuilles mortes et les racines sont nourriture des fugitifs
La nuit est le jour, la lune le soleil
Sur les sentiers sillonnés d'empreintes 
Des milliers s'avancent vers l'inconnu
Toi, mon enfant, mon ennemi devenu
Tes cris réveillent le silence de la crainte
Pardonne-moi, Créateur de la vie des entrailles
De quel droit ai-je de tuer cet être inoffensif.
Je n'ai pas le courage de lui faire avaler de l'opium
Ce monde est déjà assez criminel
Pour que j'éparpille la mort dans ma peur 
De mes lèvres séchées, je prie dans ma cachette
Afin que mon fils ne connaisse que la paix en fête
Et non la tuerie, la terreur
Fais que ces tueurs d'enfants avec leur chapelet de bombes
Ne viennent pas soulever la voile du monde
Pacifique de nos coeurs qui voguent 
Et elle avance, ô femme, ombre éternelle.


Ce poème a été publié dans "Parole immigrée", Numéro spécial Migrants Créteil,  ai 1986
Je t'écris en juin

Ce matin, je t'écris mon chagrin aigri
Bleu comme le ciel de l'hiver
Remplissant de rides mon front altéré
Je t'écris le rouge de mes lèvres séchées
Qui ne t'embrasseront jamais
Le soir face à la mer changeante
Je t'écris d'une tour où mon ame murmure
Des chants pénétrant les murs noirs de peines
Amers de blessures qui ne guérissent guère
Je t'écris, les bougies brulantes de prières
Dans les temples bouddhistes du Laos
Assise revant dans la pénombre de la solitude
Je t'écris des sirènes de tristesse
Jaillissant de mon corps affamé de tes mots
A jamais ensevelis dans les feuilles mortes.


Le puits 

Elle vient tous les matins,
Elle vient chercher de l'eau,
Un jour, je la vois de dos,
Marchant belle comme une poire,
Portant de l'eau de puits, 
Ses cheveux comme des étuis,
Lentement, elle avance, 
Doucement, elle devance.
Elle ressemble à ta mère, me dit mon père
Petite, menue et fragile, c'est elle.
Je la regarde tous les matins,
Elle vient chercher de l'eau,
Un jour, je la croise avec son seau, 
Marchant belle comme une saison,
Traversant l'allée de la maison. 
Lentement, elle sourit,
Doucement, elle me dit : "Bonjour".